17 JUIN 1940 – Charles Tillon m’asticote

Souvenir de l’Oncle Zé

J’étais peinard dans mon fauteuil avec ma bonne bouffarde et lisais les dernières cartes postales que m’envoyaient régulièrement les braves piou-pious que j’avais envoyé en centre aéré dans les Pays Baltes. Soudain, le père Molotov débarqua comme un jobastre dans ma piaule :

« –Jojo, on a un problème !  » La phrase sublime, celle qui a le don de m’énerver, à chaque fois que je l’entends, je sais que je vais encore m’énerver, que je vais encore prendre mon petit carnet, et qu’une nouvelle fois Beria ne tarderait pas à débarquer pour faire sa pleureuse avec ses « Comment tu veux que je fasse les courses avec si peu de personnel ? » et ses  » Va falloir encore agrandir les sous-sols de la Loubianka…pfff!« .

Mais Molotov me pratiquait bien, il savait que quand il déboulait avec cette prose, il devait attendre que je lui adresse la parole avant d’en rajouter une. Bref, après avoir tiré une bonne bouffée de Schleusstabak, un super mélange que m’envoyait Ribbentrop, je lui répondis d’un « Allez, accouche ! ».

« Jojo c’est encore les Français ! … Tillon a tracté çà, à Bordeaux. » Et il me tendit un petit bout de stencil que je m’empressai de lire. J’ordonnai aussitôt au batelier de la Volga : « Va vite me chercher Thorez et Marty ! Enfin… s’ils ne sont encore pas en train de se castagner au Self « .

Comme je l’avais présagé, ils arrivèrent 10 mn après dans un état lamentable, le grand Maurice saignait du pif et le Dédé avait un cocard de dalmate, je pensai alors qu’il faudrait bien que je me décide un jour à zapper l’un des deux. Je leur gueulai : « C’est quoi encore ce bordel ? Le mataf’ appelle au combat à Bordeaux, par ailleurs j’ai appris que Monmousseau commençait à rassembler des armes à Marseille. Il paraîtrait même qu’un instit’ du Limousin* fout le bordel dans les hôpitaux militaires… Vous savez pas tenir vos gars ou quoi ? »

André MARTY et Maurice THOREZ

«  C’est la faute à Frachon ! » rétorqua Thorez, « C’est lui qui les a envoyé réorganiser le parti après l’interdiction… et devine qui lui a suggéré Charles Tillon ? c’est ce brigadiste de mes deux ! » et lançant le poing vers Dédé : « T’approche pas, j’suis pas un de tes nanars d’espingouins moi, tu ne m’auras pas ! »

« Va planter tes patates, fils de Saucisson ! » répondit Marty bondissant sur lui en ajoutant : « Tu vas voir, je vais te refaire la bataille de l’Ebre, moi ! » et Bim, c’était reparti, il fallut appeler une demi-douzaine de mes gardes pour les séparer.

Je me tournai vers Molotov  » Qu’est-ce qu’on fait en local ? On agit ou on méprise ? ».

Comme à son habitude il me sortit une connerie :  » Avec un peu de chance, Charles et Gaston pourraient finir comme Nizan « .

Charles Tillon

« Et le Front, tu le trouves où abruti ? » lui répondis-je, « Le vieux Pétain vient de demander l’armistice, çà faisait déjà une semaine que Ribbentrop avait préparé la déclaration, il me l’a envoyée dans son dernier colis… tiens ? çà me fait penser que ses Bretzels ne sont pas revenus d’analyses… File au labo et si c’est ok, ramène les moi, j’ai une envie de salé … au moins comme çà tu te rendras un peu utile ! … et tu surveilleras un peu Maurice, j’ai peur qu’il ne me fasse quelque connerie pour se racheter »

Vraiment, en cette fin de printemps : je n’étais pas aidé., çà n’a jamais été ma période…

*Les lecteurs me pardonneront cet autre léger anachronisme, Georges Guingouin, futur chef des Maquis du Limousin, n’est blessé au combat que le 17 juin 1940, le jour même où Pétain demande l’armistice ; évacué vers un hôpital militaire le 18, il lancera, après sa convalescence son premier appel aux armes en août 1940.

L’appel du 17 juin

Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie… Et maintenant, ils livrent la France. 

Ils ont tout trahi. Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme.

Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l’esclavage du fascisme. Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes. Il est le nombre : uni, il sera la force.

– Pour l’arrestation immédiate des traîtres

– Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.

Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l’action !

Gradignan – 17 JUIN 1940

1935 – le jour où J’ai rebaptisé Stakhanov

Souvenir de l’Oncle Zé C’était en août 1935, j’étais en pleine sieste et c’était pas vraiment le jour de m’emmerder. La veille un connard de l’Etat Major m’avait fait signer, entre deux liasses de chèques vacances pour la Sibérie, la nomination de Toukhatchevki au…

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